CCI perd patience face aux délais d’Apple et prévient : répondez-nous d’ici la semaine prochaine ou…

En Inde, le bras de fer entre la CCI, le régulateur de la concurrence, et Apple a pris une tournure spectaculaire. Après des mois de procédures et de délais successifs, l’autorité antitrust a décidé de prévenir publiquement le géant américain : sans réponse d’ici la semaine prochaine, l’enquête avancera unilatéralement. Ce ton inhabituellement ferme illustre une forme de perte de patience face à ce que la Commission indienne décrit comme des manœuvres dilatoires. En toile de fond, un risque d’amende pouvant atteindre plusieurs dizaines de milliards de dollars, rendu possible par une réforme permettant de calculer les sanctions sur le chiffre d’affaires mondial des entreprises.

Cette confrontation dépasse largement le cadre d’un simple litige administratif. Elle cristallise les tensions entre autorités nationales, qui cherchent à reprendre la main sur le numérique, et plateformes mondiales habituées à imposer leurs règles. Elle s’inscrit aussi dans une histoire plus longue, où Apple a régulièrement été contestée pour la façon dont elle gère son App Store, que ce soit en Europe, aux États-Unis ou en Asie. Pour les développeurs indiens, des grandes plateformes de rencontres jusqu’aux petites start-up, l’issue de ce dossier pourrait redessiner durablement la relation commerciale avec la marque à la pomme, en ouvrant – ou non – la voie à des systèmes de paiement alternatifs et à des commissions plus raisonnables.

Ultimatum de la CCI à Apple : un avertissement antitrust sans précédent

Le dossier antitrust indien a commencé presque discrètement, avec des plaintes déposées dès 2022 par Match Group et plusieurs start-up locales. Elles accusaient Apple d’abuser de sa position dominante sur iOS en imposant son propre système de paiement, en prélevant jusqu’à 30 % de commission et en interdisant aux applications d’indiquer l’existence d’options moins chères en dehors de l’App Store. La CCI a ouvert une enquête formelle, suivant de près les grands précédents européens et américains. Au départ, le calendrier paraissait classique : demandes d’observations, auditions, échanges écrits. Puis les délais ont commencé à s’allonger.

À l’automne 2024, la Commission transmet à Apple une demande détaillée de contre-arguments. La firme répond par de premières observations partielles, tout en sollicitant des extensions successives pour « compléter » son dossier. Chaque prolongation nourrit la frustration du régulateur, qui finit par considérer que cette stratégie n’a plus rien d’une gestion normale d’un contentieux, mais relève d’un calcul visant à repousser le moment d’un éventuel verdict. Le 31 décembre, dans une ordonnance qui a fuité dans la presse, la CCI rappelle qu’une telle patience ne peut « se prolonger indéfiniment ».

Ce texte marque un tournant : le régulateur y annonce explicitement qu’en l’absence de réponse substantielle d’Apple d’ici la semaine prochaine, l’enquête sera close sur la base des éléments déjà au dossier. Autrement dit, la firme sera réputée avoir eu toutes les chances de s’exprimer, et la Commission pourra trancher sans plus l’entendre. Ce type d’ultimatum reste rare dans les grandes affaires de concurrence, où les autorités privilégient généralement un dialogue approfondi. Sa brutalité apparente reflète l’urgence perçue par la CCI à restaurer l’efficacité de sa procédure.

Pour mesurer la portée de cette menace, il suffit de regarder les précédents internationaux. En Europe, la Commission n’a pas hésité à infliger à Apple des redressements fiscaux de plusieurs milliards, ou à sanctionner durement ses pratiques publicitaires. Des décisions détaillées comme celles analysées dans des dossiers de fond sur l’histoire d’Apple face aux régulateurs montrent que, quand la machine juridique se met en marche, le géant californien peut se retrouver acculé à des concessions structurelles majeures. L’Inde semble désormais prête à s’inscrire dans cette lignée.

Cette offensive indienne intervient au moment où Apple essuie d’autres critiques, par exemple en Europe sur la manière dont la firme rejette un modèle de type Netflix pour les applications et services. Partout, la même interrogation revient : jusqu’où les États sont-ils prêts à aller pour remettre en cause des écosystèmes fermés, hérités des débuts des plateformes mobiles ? Le cas indien apporte une réponse claire : le temps des rappels à l’ordre purement symboliques est révolu.

Au cœur de cet épisode se trouve également la question de la prévisibilité juridique. Pour un investisseur qui étudie la performance d’Apple sur une décennie, comme dans les analyses d’investissement long terme consacrées à la marque, la multiplication de contentieux antitrust représente un risque spécifique. L’ultimatum de la CCI agit ainsi comme un signal adressé à l’ensemble des grandes plateformes : ignorer les calendriers procéduraux n’est plus sans conséquence. L’urgence réglementaire rejoint l’urgence économique et bouscule les stratégies les mieux établies.

Ce bras de fer se joue donc à plusieurs niveaux – judiciaire, économique, géopolitique – mais il a un point de fixation très concret : ce courrier de fin d’année qui somme le fabricant d’iPhone de « répondre maintenant ou s’effacer de la discussion ». C’est à partir de ce moment précis que le conflit prend des allures d’épreuve de force assumée.

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La stratégie de délais d’Apple : pari juridique ou calcul risqué ?

Face aux exigences de la CCI, Apple a fait un choix clair : concentrer ses efforts non pas sur le fond des accusations, mais sur la contestation du cadre des sanctions. En novembre, la société a déposé devant la Haute Cour de Delhi un mémoire de plus de 500 pages, attaquant la réforme indienne qui autorise le calcul des amendes sur la base du chiffre d’affaires mondial. Selon elle, ce mécanisme serait « arbitraire » et « disproportionné ». Pour illustrer son propos, l’entreprise utilise une image parlante : ce serait comme punir l’ensemble d’un vendeur de jouets pour une infraction limitée à une seule gamme de produits.

Dans cette logique, les demandes répétées de sursis adressées à la CCI ne sont pas simplement des tactiques dilatoires. Elles visent à obtenir une suspension de l’instruction tant que la validité de la loi sur les amendes n’a pas été tranchée. La firme espère ainsi sécuriser d’abord le plafonnement potentiel des sanctions, avant de négocier éventuellement sur les pratiques contestées. Ce séquencement lui laisse plus de marge pour défendre son modèle de commissions et de contrôle des paiements in-app.

Le problème, c’est que le régulateur indien ne partage pas cette vision. Pour la Commission, accepter un gel total de la procédure reviendrait à se priver d’un outil essentiel pendant une durée indéterminée, alors même que des milliers de développeurs restent soumis au régime actuel de l’App Store. Les autorités redoutent qu’un tel précédent ne soit utilisé par d’autres géants du numérique pour neutraliser toute enquête dès qu’une réforme toucherait aux montants de pénalité. C’est cette crainte qui nourrit l’urgence et conduit à l’ultimatum public.

Le pari d’Apple comporte donc un risque évident : en refusant de coopérer davantage, la société s’expose à ce que la CCI adopte des conclusions défavorables en s’appuyant principalement sur les griefs des plaignants et sur ses propres constats techniques. Or, dans les dossiers internationaux de concurrence, la phase d’échange contradictoire permet souvent aux entreprises d’expliquer leurs choix, de proposer des remèdes volontaires, voire de faire évoluer le diagnostic initial du régulateur. Se placer en retrait au moment crucial, c’est renoncer à une partie de cette capacité d’influence.

Cette stratégie rappelle certains épisodes déjà vus en Europe et aux États-Unis, lorsque de grandes firmes ont tenté d’épuiser les régulateurs par une accumulation de recours, d’exceptions de procédure et d’appels à tous les niveaux de juridiction. Le contexte a cependant changé. Les autorités, fortes de plusieurs décennies de contentieux avec les géants de la tech, sont désormais mieux préparées et disposent d’outils renforcés. En Inde, la réforme sur le chiffre d’affaires mondial s’inscrit dans cette tendance générale au durcissement.

Pour les observateurs des marchés financiers, cette posture d’affrontement n’est pas sans rappeler certaines prises de position d’investisseurs emblématiques, comme ceux évoqués dans des analyses sur les paris de long terme sur Apple et Alphabet. Là où un investisseur patient accepte des turbulences réglementaires en échange d’une domination durable, la CCI, elle, estime que cette domination doit s’accompagner de contreparties en matière de concurrence. Cette divergence de temporalité explique en grande partie le fossé de perception entre la firme et le régulateur.

Au final, la question centrale est simple : cette tactique de délais est-elle une manœuvre maîtrisée ou un calcul qui pourrait se retourner contre Apple ? L’ultimatum du 31 décembre suggère que la fenêtre de manœuvre se resserre. Toute la suite du dossier dépendra de la capacité de la société à réajuster sa stratégie sans perdre la face ni fragiliser son modèle économique.

Une amende potentielle de 38 milliards : ce que change le calcul sur le chiffre d’affaires mondial

Au cœur du conflit entre la CCI et Apple se trouve un chiffre impressionnant : jusqu’à 38 milliards de dollars d’amende potentielle. Ce montant n’est pas tombé du ciel. Il découle d’une modification de la loi indienne qui autorise désormais le régulateur à fonder ses sanctions non plus seulement sur les revenus locaux, mais sur le chiffre d’affaires mondial du groupe en cause. Pour une entreprise de la taille d’Apple, cette différence change tout : un pourcentage relativement modeste appliqué à des dizaines, voire des centaines de milliards de ventes globales devient immédiatement dissuasif.

Pour comprendre ce basculement, un tableau comparatif permet de visualiser l’ampleur de l’écart entre l’ancien et le nouveau régime :

Élément Avant la réforme Après la réforme
Base de calcul Chiffre d’affaires réalisé en Inde Chiffre d’affaires mondial du groupe
Objectif principal Sanction proportionnée au marché local Effet dissuasif global pour les géants internationaux
Impact pour les start-up locales Protection modérée Protection renforcée face aux abus dominants
Risque financier pour Apple Amende importante mais contenue Menace de sanction historique pouvant atteindre 38 milliards

Aux yeux d’Apple, ce nouveau cadre est inacceptable. L’entreprise soutient qu’il méconnaît la proportionnalité, principe clé du droit de la concurrence, en permettant de frapper l’ensemble de ses activités mondiales pour des faits imputés à une seule branche, en l’occurrence l’App Store sur iOS en Inde. Elle insiste également sur le risque de fragmentation réglementaire : si chaque pays adoptait une approche similaire, une même conduite pourrait entraîner une série de sanctions colossales dans différents territoires.

La CCI, de son côté, assume cette logique. Pour le régulateur, se limiter au chiffre d’affaires local reviendrait, dans le cas d’un acteur global comme Apple, à infliger des sanctions purement symboliques. Or, l’objectif du droit de la concurrence n’est pas seulement de blâmer a posteriori, mais de décourager activement la répétition de comportements jugés abusifs. La base mondiale est donc assumée comme un levier nécessaire pour rééquilibrer un rapport de force structurellement désavantageux pour les développeurs et les consommateurs.

Cette tension renvoie à des débats déjà bien connus en Europe, où certaines décisions ont obligé Apple à revoir sa fiscalité en Irlande ou à modifier le traitement de ses services sur iOS. Les dossiers détaillés sur les conflits historiques d’Apple avec les autorités européennes montrent comment les sanctions importantes servent de catalyseur à de plus larges changements réglementaires. L’Inde s’inspire de ces expériences tout en y ajoutant sa propre spécificité : un marché en pleine expansion, marqué par une explosion du mobile, où l’enjeu de la concurrence est aussi celui de l’accès au numérique pour des centaines de millions d’utilisateurs.

Pour les développeurs locaux, cette perspective d’amende géante est ambivalente. D’un côté, elle ouvre l’espoir d’une réécriture des règles de l’App Store en leur faveur, avec possiblement des commissions réduites, une plus grande liberté de mentionner d’autres moyens de paiement, et une meilleure visibilité de leurs offres. De l’autre, certains redoutent qu’Apple n’adapte sa présence en Inde ou ne transfère une partie de ce coût réglementaire sur les tarifs finaux, au risque d’alourdir la facture pour les consommateurs.

Cette inquiétude n’est pas totalement théorique. L’histoire récente des plateformes technologiques montre qu’elles ont parfois répercuté certaines contraintes réglementaires sur leur politique tarifaire, ou qu’elles ont retardé l’arrivée de nouveaux services dans les zones les plus exigeantes. Les débats autour des retards potentiels sur certains produits Apple en Europe, comparables aux préoccupations soulevées lors des analyses des stratégies tarifaires sur les consoles comme la Nintendo Switch ou la PS5, illustrent ce risque de différenciation géographique.

Reste que, du point de vue du droit de la concurrence, la clé est ailleurs : il s’agit avant tout de s’assurer que la sanction potentielle soit suffisamment forte pour qu’aucune entreprise ne la considère comme un simple coût de fonctionnement. En brandissant la menace de 38 milliards, la CCI veut envoyer un message global. La prochaine section montrera à quel point cette bataille de chiffres est inextricablement liée aux conditions concrètes d’utilisation de l’App Store en Inde.

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App Store, paiements et commissions : au cœur des griefs de la CCI

Au-delà de la bataille juridique sur les montants, ce sont les pratiques concrètes de l’App Store qui nourrissent le contentieux. La CCI reproche à Apple d’imposer aux développeurs d’utiliser son système de facturation interne pour les achats intégrés, avec des commissions pouvant atteindre 30 %. Cette obligation s’accompagne de restrictions sur la communication : les applications n’ont pas le droit d’indiquer clairement qu’un abonnement peut être moins cher sur le site web de l’éditeur, ou de rediriger l’utilisateur vers un mode de paiement alternatif intégré.

Pour les start-up indiennes, cette situation se traduit par une marge rognée et une dépendance forte à un interlocuteur quasi incontournable. Une jeune entreprise fictive, appelée ici « RasaMeet », illustre ce dilemme. Spécialisée dans les rencontres en ligne pour les villes moyennes indiennes, elle réalise l’essentiel de son activité via son application iOS. Chaque abonnement souscrit sur iPhone engendre une commission significative, ce qui limite sa capacité à investir dans le marketing ou dans la mise à jour de ses services. La possibilité d’orienter les utilisateurs vers un site web moins cher pourrait faire toute la différence, mais les règles actuelles de l’App Store l’en empêchent.

La CCI considère que cette combinaison – obligation de passer par le système de paiement d’Apple et interdiction de mentionner d’autres options – fausse la concurrence. Elle empêche les consommateurs d’accéder à l’information sur les prix réels, et verrouille l’écosystème autour d’une solution unique, contrôlée et monétisée par le fabricant du téléphone. Pour un pays qui mise sur l’essor de son économie numérique, brider ainsi la capacité d’expérimentation des développeurs locaux est perçu comme particulièrement problématique.

Apple, pour sa défense, insiste sur des arguments de sécurité, de protection de la vie privée et de simplicité d’usage. Selon la firme, centraliser les paiements dans son propre système réduit la surface d’attaque pour les fraudeurs, garantit un niveau de confidentialité élevé et offre une expérience fluide pour l’utilisateur, qui n’a pas à saisir ses coordonnées bancaires à répétition. La société met aussi en avant le fait que ses plateformes ont permis à des milliers de développeurs de prospérer, et que des secteurs entiers – du jeu vidéo à l’éducation – ont bénéficié de cette infrastructure.

Mais la CCI, comme d’autres régulateurs dans le monde, estime que ces justifications ne suffisent plus lorsque la position dominante est avérée. À ses yeux, il est possible de concilier sécurité et ouverture, par exemple en autorisant un cadre réglementé pour des systèmes de paiement concurrents, ou en laissant au moins les éditeurs informer leurs clients de l’existence de tarifs différents. L’Europe, avec ses exigences de compatibilité accrue pour les App Stores alternatifs, a d’ailleurs commencé à ouvrir cette voie, même si les effets pratiques restent débattus.

Cette querelle de modèle économique a des répercussions bien au-delà des services de rencontres ou de streaming. Dans le jeu vidéo, par exemple, la question de la distribution numérique et des commissions se retrouve aussi chez d’autres acteurs, comme le montre l’essor des plateformes de Nintendo. Les discussions autour de la future Switch 2, des jeux compétitifs comme Splatoon 3 ou des classiques GameCube remis en avant via Switch Online illustrent une même tension : comment rémunérer l’infrastructure sans étouffer la créativité des studios ?

Pour les utilisateurs, les enjeux sont plus concrets qu’il n’y paraît. Des commissions élevées pèsent sur le prix final des abonnements et des contenus. Des règles de communication restrictives empêchent de comparer facilement les offres. L’éventuelle intervention de la CCI pourrait donc, à terme, faciliter l’émergence de modèles plus diversifiés et plus transparents. C’est précisément cette promesse qui explique pourquoi le régulateur place ce dossier au rang de priorité et adopte un ton d’urgence inhabituel face aux silences répétés d’Apple.

Conséquences pour les développeurs, les utilisateurs et la relation commerciale Inde–Apple

Le conflit entre la CCI et Apple ne se joue pas seulement dans les couloirs des tribunaux. Il façonne concrètement la manière dont les développeurs indiens conçoivent leurs produits, définissent leurs modèles économiques et bâtissent leur relation commerciale avec les grandes plateformes. Pour des acteurs comme RasaMeet ou de jeunes studios indépendants, la perspective d’une décision unilatérale du régulateur équivaut à un changement potentiel de paradigme.

Si la CCI tranche sans nouvelle réponse de la firme, plusieurs scénarios sont envisageables. Elle pourrait imposer à Apple d’assouplir l’obligation de recourir à son système de paiement, d’autoriser la mention explicite d’alternatives moins coûteuses ou de diminuer le plafond des commissions. Dans ces hypothèses, les développeurs bénéficieraient d’une marge de manœuvre accrue, pouvant leur permettre de baisser certains prix ou de réallouer une partie des revenus à l’amélioration du service. Les utilisateurs, eux, gagneraient en transparence tarifaire, avec la possibilité de comparer plus simplement les offres in-app et hors app.

À l’inverse, si la décision reste plus timide ou si Apple obtient ultérieurement un sursis en justice, l’effet pourrait être plus nuancé. Certains développeurs pourraient alors choisir de diversifier leurs canaux de distribution, par exemple en misant davantage sur Android ou sur des web apps progressives, pour réduire leur dépendance à un seul écosystème. D’autres parieraient sur la résilience de la clientèle iOS, prête à payer plus cher pour des services perçus comme mieux intégrés. Dans tous les cas, l’urgence ressentie aujourd’hui tient au fait que chacun doit anticiper ces chemins possibles sans connaître encore l’issue.

Cette situation n’est pas sans rappeler les interrogations qui entourent d’autres lancements technologiques majeurs. Lorsqu’un nouveau matériel arrive, comme une console ou un smartphone phare, les studios et les services doivent arbitrer entre le risque et l’opportunité. On l’a vu sur le marché du jeu vidéo, où les discussions sur la date de sortie d’un Pokémon sur une nouvelle Switch ou sur d’éventuelles fenêtres de lancement pour la Switch 2 poussent les éditeurs à ajuster rigoureusement leurs calendriers. En Inde, c’est le régulateur qui, par ses ultimatums, joue ce rôle de variable décisive dans le calcul des acteurs du numérique.

Pour les utilisateurs finaux, l’impact se mesure au quotidien. Un étudiant qui s’abonne à une application de cours en ligne via iOS pourra, dans un cadre plus ouvert, bénéficier de promotions spécifiques sur le site de l’éditeur, de moyens de paiement locaux mieux adaptés ou de réductions saisonnières inspirées, par exemple, des grandes périodes de soldes comme celles que connaissent les joueurs avec les offres du Black Friday sur l’univers Nintendo. À l’heure actuelle, la rigidité de certaines règles de l’App Store limite ce type de flexibilité tarifaire.

Quant à la relation commerciale entre l’Inde et Apple, elle se trouve à un carrefour délicat. D’un côté, le pays représente un marché stratégique, en pleine croissance, où la marque investit massivement dans la production locale et dans la distribution d’iPhone, d’iPad et de Mac. De l’autre, New Delhi cherche à affirmer sa souveraineté numérique, en évitant qu’un petit nombre de groupes étrangers ne dictent les conditions d’accès aux services essentiels. La fermeté de la CCI devient ainsi un instrument politique autant qu’économique.

Dans ce contexte, l’ultimatum – « répondez-nous d’ici la semaine prochaine ou le dossier progresse sans vous » – agit comme un révélateur. Il rend visible au grand public un rapport de force qui, jusque-là, se jouait surtout entre avocats et économistes de la concurrence. Il rappelle aussi que le numérique n’est plus un territoire d’exception, mais un champ réglementaire à part entière, où les règles du jeu ne peuvent rester figées au seul bénéfice des premiers entrants.

En fin de compte, la décision que prendra la CCI dans les prochains mois pèsera lourd sur la manière dont les développeurs structureront leurs choix de plateforme, dont les consommateurs percevront le coût des applications et dont les grandes entreprises technologiques calibreront leurs futures expansions en Inde. Entre patience épuisée du régulateur, délais multipliés par Apple et climat d’urgence pour tout l’écosystème, l’affaire illustre à quel point la régulation de l’économie numérique est désormais au centre des grandes transformations industrielles contemporaines.

Points clés à retenir pour les acteurs du numérique

Pour synthétiser les implications de ce bras de fer, plusieurs leçons s’imposent pour les plateformes, développeurs et investisseurs :

  • Respect des calendriers réglementaires : ignorer les échéances fixées par une autorité comme la CCI peut conduire à un traitement unilatéral du dossier.
  • Importance de la coopération procédurale : même en contestant le cadre des sanctions, il reste stratégique de participer activement à l’enquête.
  • Impact des amendes globales : la prise en compte du chiffre d’affaires mondial change radicalement l’équation du risque.
  • Enjeux pour les modèles de paiement : l’ouverture ou non des systèmes de facturation intégrés déterminera la marge des développeurs.
  • Effets pour les utilisateurs : plus de concurrence sur les paiements signifie potentiellement des prix plus justes et plus de transparence.

Ces enseignements dépassent le seul cas indien et annoncent la manière dont seront arbitrés, demain, les grands débats autour des écosystèmes fermés, des commissions et de la souveraineté numérique.

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Pourquoi la CCI a-t-elle fixé une échéance d’une semaine à Apple ?

La CCI considère qu’Apple a abusé de demandes successives de délais et que la procédure ne peut être prolongée indéfiniment. En fixant une échéance d’environ une semaine, elle entend forcer la société à présenter une réponse complète, sous peine de clore l’enquête sur la base des éléments déjà disponibles. L’objectif est de restaurer l’efficacité de la procédure et de répondre à l’urgence ressentie par les développeurs locaux.

Que risque Apple si elle ne répond pas à la CCI dans les temps ?

Si Apple ne fournit pas de réponse substantielle dans le délai imparti, la CCI peut finaliser son analyse sans contributions supplémentaires de la société. Cela pourrait déboucher sur une décision défavorable fondée essentiellement sur les griefs des plaignants et les constatations du régulateur, avec à la clé des injonctions sur le fonctionnement de l’App Store et une amende potentiellement calculée sur le chiffre d’affaires mondial du groupe.

En quoi la réforme sur les amendes change-t-elle la donne pour Apple ?

La réforme indienne autorise désormais la CCI à calculer les amendes sur le chiffre d’affaires mondial des entreprises, et non plus seulement sur leurs revenus locaux. Pour Apple, cela signifie que même des pratiques contestées sur un marché limité peuvent entraîner une sanction de plusieurs dizaines de milliards de dollars. Ce changement renforce le pouvoir dissuasif du régulateur et explique la virulence de la contestation juridique engagée par la firme.

Quels bénéfices potentiels pour les développeurs indiens si la CCI donne raison aux plaignants ?

Une décision favorable aux plaignants pourrait conduire la CCI à demander à Apple d’assouplir l’obligation d’utiliser son système de paiement, à autoriser la mention de solutions de facturation externes ou à revoir à la baisse certaines commissions. Les développeurs gagneraient alors en marge de manœuvre économique, pourraient proposer des prix plus compétitifs et auraient davantage de liberté pour structurer leur relation commerciale avec leurs utilisateurs.

Les utilisateurs verront-ils une baisse des prix des applications en cas de décision contre Apple ?

Une éventuelle décision contre Apple ne se traduira pas automatiquement par une baisse immédiate des prix, mais elle ouvrirait la voie à plus de concurrence sur les systèmes de paiement et à une meilleure transparence tarifaire. En fonction des choix des développeurs, cela pourrait aboutir à des abonnements moins chers, à plus de promotions spécifiques et à une offre plus diversifiée, en particulier pour les services à forte concurrence comme le streaming, le jeu ou l’éducation.

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